L'Art et la Littérature
restent le seul héritage que les nations transmettent
à celles qui prennent leur place sur la surface du
globe.
C'est sur ce seul reflet de leur civilisation que la postérité
leur assigne un rang et qu'un simple souvenir se change en
une sorte de culte (…)
Malheur aux peuples uniquement obsédés par la
passion des armes. Après leur disparition, il ne reste
aucun vestige de leur grandeur éphémère.
Les œuvres de vie prédominent enfin celles de
mort. Avoir créé devient supérieur à
avoir beaucoup détruit, misérable honneur qui
ne peut que perdre de plus en plus son prestige à mesure
que l'humanité acquiert une plus saine notion des choses.
Les faces de l'Art sont innombrables. Il se prête à
exprimer et rendre vivants les côtés les plus
divers de la pensée et de la vie humaines. Tantôt
il donne un corps aux conceptions religieuses les plus abstraites
; tantôt fidèle, mais poétique miroir
des phases les plus simples de la vie journalière,
il nous transmet à la fois et l'individualité
de l'artiste et le reflet du milieu où il a vécu.
(…)
L'apogée de l'Art, aux grandes époques, est
résultée d'une vision grandiose de l'homme unie
à une science de rendu susceptible de la réaliser,
sans qu'il fût besoin de tâtonnement, mais aussi
et surtout sans que la pensée se révèle
facilement des formes convenues, trop sues par cœur. |