C’est dans un contexte politiquement
et économiquement difficile, qu’une nouvelle
dynastie apparaît au Maroc, celle des Beni Wattas, Berbères
du groupe Zénète proche des Beni Merine. Originaire
de Libye, cette tribu était établie dans le
Rif, au bord de la Méditerranée. De leur forteresse
de Tazouta, entre Melilla et la Moulouya, les Beni Wattas
ont peu à peu étendu leur puissance aux dépens
de la famille régnante. Ils ne s’installent pas
au pouvoir à la suite de conquêtes, étant
à la base régents exerçant la réalité
du pouvoir. Mais à partir de 1471, Mohammed al-Cheikh
(1471-1504), ayant échappé au massacre des Wattassides
par le dernier sultan mérinide Abd al Haqq (1458-1465),
devient le premier sultan de la dynastie des Wattassides.
Elle fut impuissante à enrayer la décadence
marocaine, à rétablir la paix et l’unité
et à mettre un terme à la conquête portugaise.
Mohammed al-Cheikh, premier souverain wattasside innove :
son makhzen, sa garde et son armée sont tous arabes.
Malgré une tentative d’imposer des réformes
nécessaires, une politique matrimoniale habile et tous
leurs efforts pour s’attirer la sympathie des tribus
arabes et des chorfas, les Wattassides ne parviennent pas
à obtenir leur adhésion. Marqués par
leurs origines et leur parenté Mérinide et Zénète,
il leur manque l’indispensable prestige religieux. Les
Wattassides lient leur échec à maîtriser
la féodalité et à rassembler les terres
éparpillées du royaume à cette absence
de prestige religieux. Aussi, au lieu de lutter contre les
Portugais, ils développent la guerre civile. Inquiets
des progrès des chorfas Saadiens dans le Sud, ils cherchent
un appui chez les Turcs. La chute de Grenade, événement
extérieur que les Wattassides sont incapables d’empêcher,
augmente leur impopularité.
Un des facteurs déterminants de cette incapacité
venait du fait que le Détroit était aux mains
des Portugais qui occupaient les trois principaux ports de
la côte marocaine, à savoir Ceuta (prise en 1415),
Tanger (prise en 1471) et El-Ksar al-Seghir (prise en 1458).
Après la victoire de Grenade en 1492 par les troupes
des « Rois Catholiques », Ferdinand d’Aragon
et Isabelle de Castille, les Andalous sont expulsés
de la péninsule ibérique. Ils s'installent à
Tétouan, Fès ou Salé, exerçent
le commerce ou l’artisanat. Mais le malaise s'étend.
En effet, les Andalous ont conscience d’être mal
accueillis, de ne pas être choisis pour participer au
makhzen wattasside. Ils vont néanmoins contribuer par
leur présence et leur ingéniosité à
redonner une certaine vigueur à l’art marocain,
en particulier dans le domaine de l’hydraulique.
Sous le règne de Mohammed al-Cheikh, le Maroc souffre
d’un démembrement et de la dissociation territoriale.
Au Nord, des régions toutes entières entrées
en dissidence refusent l’autorité du sultan Wattasside
alors qu’au Sud, la région de Marrakech se rend
indépendante. Au même moment, les Portugais s’implantent
de plus en plus largement sur le littoral atlantique.
Les règnes des quatre autres sultans wattassides -
Mohammed al-Bortougali « le Portugais » (1505-1524),
Ahmed al Wattassi (1524-1548 ; puis 1548-1550), An Nasir al-Qasri
(1548) et Bou Hassoun (1554) - furent une succession d’échecs
aussi bien face aux Portugais qu’ils combattaient par
instants ou avec lesquels ils concluaient de longues trêves
que face au démembrement du Maroc. Au Nord, les émirs
de Tétouan et de Chechaouen deviennent quasiment indépendants
du Sultan. De plus, étant en première ligne
face aux Portugais, ils deviennent chefs de guerre sainte,
défenseurs de l’Islam. Au Sud, la montée
en puissance de la famille Saadienne, maîtresse de Marrakech
depuis 1522, représente une véritable menace
pour le pouvoir Wattasside. Les Saadiens reconnus comme "cherifs"
jouissaient d'un immense prestige surtout depuis que l'un
des leurs, Abou Abdallah, avait, dans le Souss, pris la tête
de la résistance contre les Portugais. Ils réussirent
à arracher Agadir aux Chrétiens en 1541 et les
forcèrent à évacuer Safi et Azemmour
qu'ils avaient prises en 1481 et 1486. Ils apparaissent comme
les champions de l’Islam alors que les Wattassides avaient
conclu une courte trêve avec les Portugais afin de pouvoir
combattre sur un seul front, celui du Sud, celui des Saadiens.
Lutte qui se solda par la chute des Wattassides et la victoire
des Saadiens.
L’impuissance de la dynastie wattasside à rétablir
la paix et l’unité et à mettre un terme
à la conquête portugaise aggrava la décadence
marocaine déjà amorcée sous les Mérinides.
La vie économique et culturelle et la création
artistique du pays en pâtirent gravement ne pouvant
s’épanouir dans un climat d’insécurité
et d’instabilité totales. Nos connaissances sur
cette periode demeurent très vagues. Cependant, de
nouveaux foyers « culturels » ruraux, les zaouias,
se multiplient à la fin du XVe siècle et au
début du XVIe siècle, attestant du regain de
vie religieuse caractéristique des périodes
de grandes crises. Ces centres de divulgation religieuse remplacent
en quelque sorte les medersas citadines que le pouvoir ne
soutient plus. Les zaouias dispensent un enseignement religieux
« engagé », dominé le plus souvent
par la notion de jihad, la conservation de valeurs menacées,
le renforcement de l’obéissance à des
règles indiscutables et la méfiance de la discussion,
des échanges intellectuels. Par la suite, les zaouias
font de leurs étudiants des propagateurs actifs du
rayonnement de la zaouia qui les a formés. Le genre
littéraire dominant alors est celui de l’hagiographie.
La puissance d’un grand nombre de ces confréries
ou zaouias devient très rapidement prépondérante.
C’est ainsi que les zaouias « Chadiliya »
du Draa, du Souss, font désigner comme chefs de Guerre
Sainte des Saadiens, membres d’une famille chérifienne
du Draa qui par la suite allait fonder la dynastie Saadienne. |